Ce contenu est disponible pour les utilisateurs inscrits.
Vous pouvez vous inscrire et vous connecter gratuitement pour accéder à tout le contenu de 3trois3.com.

X
XLinkedinWhatsAppTelegramTelegram
0
Lire cet article dans:

Marchés des céréales : entre la récolte et le chaos

L’incertitude géopolitique, l’impact potentiel du Super Niño et la volatilité des marchés céréaliers freinent les achats à terme dans un marché qui reste encore dans une fourchette de prix raisonnable.

Aujourd’hui, il est presque impossible de suivre le rythme des gros titres. Comme si la guerre commerciale ou le conflit entre les États-Unis et l’Iran, avec leurs alliés régionaux, ne suffisaient pas, un nouveau virus a fait son apparition sur la scène médiatique. A priori, la situation semble sous contrôle et les probabilités qu’il provoque une pandémie restent faibles d’un point de vue statistique. Mais après le COVID, les manchettes et les images de personnel sanitaire portant des équipements de protection individuelle ravivent inévitablement les mauvais souvenirs de 2020.

Dans ce tourbillon médiatique, il est facile de perdre le cap au gré des informations contradictoires. C’est pourquoi, une fois encore, nous allons prendre un peu de recul afin d’identifier les éléments clés qui pourraient influencer les prix au cours des prochaines semaines.

Récoltes et menace climatique

Commençons par les récoltes. Nous approchons de la moisson de blé et d’orge dans l’hémisphère nord. Pour l’instant, tout évolue correctement. En Espagne, nous pouvons déjà dire que la récolte ne sera probablement pas aussi exceptionnelle que celle de l’an dernier, mais les derniers rapports l’estiment autour de 19,2 millions de tonnes. Aux États-Unis, les cultures de maïs et de soja évoluent également dans de bonnes conditions. En résumé, les récoltes progressent normalement.

Mais ne nous y trompons pas : il y a toujours un « mais ». Les informations concernant l’arrivée d’un Super El Niño à partir de l’été commencent déjà à influencer les positions des fonds spéculatifs. Le Super El Niño est une version amplifiée du phénomène El Niño, la phase chaude du cycle climatique ENSO (El Niño – Oscillation australe). En temps normal, les alizés poussent les eaux chaudes vers le Pacifique occidental ; avec ce phénomène, les vents faiblissent et les eaux chaudes se déplacent vers le Pacifique oriental, modifiant les régimes de précipitations et les températures à l’échelle mondiale.

Lorsqu’on parle de Super El Niño, le réchauffement des eaux peut dépasser les 2 °C en moyenne. Les conséquences possibles sont des sécheresses en Asie du Sud et du Sud-Est — avec par exemple une baisse des récoltes de blé en Australie —, des excès de pluie en Argentine et dans le sud du Brésil, compliquant les semis de maïs et de soja, ainsi qu’un risque de sécheresse dans le Corn Belt américain.

Autrement dit, nous avons sous les yeux une forte probabilité de voir apparaître un phénomène météorologique qui, historiquement, a souvent provoqué une hausse des prix des céréales. Cela ajoute une nouvelle dose d’incertitude au marché. Pour apporter une note plus optimiste, rappelons toutefois que certaines années, les baisses de production de maïs en Argentine et au Brésil ont été largement compensées par une hausse de la production américaine.

Engrais, énergie et marchés céréaliers

Un autre facteur clé pour le secteur, déjà évoqué précédemment, concerne le blocage du détroit d’Ormuz, qui a entraîné une flambée des prix des engrais. Entre 20 et 30 % des engrais mondiaux transitent par cette zone maritime, notamment 35 % de l’urée et 45 % du soufre. L’impact de cette hausse ne sera pas immédiat et devrait mettre environ six mois avant de se répercuter pleinement sur les prix. Face à l’augmentation du coût des engrais pour la prochaine campagne, les doses de fertilisation pourraient être revues à la baisse, ce qui réduirait les rendements et exercerait à son tour une pression sur les prix.

Autre élément à prendre en compte : dans ce contexte d’incertitude lié au conflit dans le golfe Persique, le blé et le maïs évoluent actuellement dans des directions opposées. Le maïs a progressé sur les marchés, suivant les fluctuations du pétrole en raison de son utilisation dans la production d’éthanol. Ces dernières semaines, les prix du maïs en livraison disponible jusqu’à la fin de l’année ont augmenté jusqu’à atteindre environ 232 €/t.

À l’inverse, le blé européen a souffert d’un manque de compétitivité face à d’autres origines et les cotations du MATIF sont revenues à des niveaux typiques de pleine récolte. Il y a quelques semaines, un appel d’offres saoudien portant sur près d’un million de tonnes s’est tourné vers les origines mer Noire en raison du prix élevé des céréales européennes. Avec cette baisse, le blé retrouve de la compétitivité face au maïs, même si cela concerne surtout les disponibilités immédiates et non les opérations sur nouvelle récolte. Un exemple concret : le blé disponible pour juin a pu se négocier autour de 220 €/t, soit environ 12 €/t de moins que le maïs. Le blé redevient ainsi la céréale la plus compétitive sur les ports.

Un marché paralysé par l’incertitude

Cette semaine, le président des États-Unis, Donald Trump, doit effectuer une visite en Chine. Le déplacement prévoit notamment une rencontre en tête-à-tête avec Xi Jinping, président de la République populaire de Chine. Deux sujets majeurs devraient être au cœur des discussions et maintiennent le monde entier dans l’attente : d’un côté, les tensions commerciales qui opposent les deux pays depuis le retour de Trump à la présidence ; de l’autre, la volonté américaine de pousser Pékin à utiliser son influence afin d’inciter l’Iran à accepter un cessez-le-feu.

En d’autres termes, le monde entier observe ces deux dirigeants et leurs équipes pour tenter d’anticiper les prochains développements. Sun Tzu, stratège militaire et philosophe de la Chine ancienne, écrivait dans L’Art de la guerre : « L’excellence suprême consiste à vaincre l’ennemi sans combattre ». Le monde retiendra donc son souffle en attendant de voir si ces deux hommes appliqueront cette maxime.

En résumé, l’incertitude continue de bloquer les décisions d’achat pour les positions futures. Globalement, le marché pratique toujours la politique de l’autruche, préférant éviter d’affronter le risque lié aux achats jusqu’à la fin de l’année. Mais il convient de rappeler que, même si les prix ont progressé depuis le début de l’année, ils restent encore dans une fourchette historiquement raisonnable.

Commentaires de l'article

Cet espace n'est pas destiné a être une zone de consultation des auteurs mais c'est un lieu de discussionouverts à tous les utilisateurs de 3trois3.
Publier un nouveau commentaire

Pour commenter, vous devez être utilisateur de 3trois3 et vous connecter

Vous n'êtes pas inscrit à la liste Dernière heure

Dernières nouvelles de la filière porcine

Connectez-vous et inscrivez-vous à la liste

Articles liés

Vous n'êtes pas inscrit à la liste La newsletter de 3trois3

Un résumé tous les 15 jours des nouveautés de 3trois3.com

Connectez-vous et inscrivez-vous à la liste